Empreinte provençale

© Le Beausset

Les Comtes de Provence étroitement liés à la Sainte-Baume

Le Comté de Provence est une ancienne principauté territoriale située à l’est du delta du Rhône.

En 1254, au cours de leur pèlerinage à la grotte Sainte Marie-Madeleine, Saint-Louis et son frère Charles Ier, Comte de Provence, décident de planter à Brignoles des prunes ramenées de Damas. Elles deviendront les fameuses prunes de Brignoles qui, une fois séchées, seront connues sous le nom de « Pistoles ».

Quelques années plus tard, en 1279, suite à la mise à jour du sarcophage attribué à Marie-Madeleine, Charles II d’Anjou, Comte de Provence, entreprend la construction de la basilique de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, aujourd’hui considérée comme le « Troisième tombeau de la chrétienté », afin d’y renfermer les reliques de la Sainte. Les Dominicains en deviennent alors les gardiens.

La protection historique de la forêt de Plan d’Aups Sainte-Baume doit aussi beaucoup à l’attention des Comtes de Provence qui en ont consolidé la protection autrefois assurée par le prieuré. En 1403, Louis II rend réglementaire la protection des bois en y interdisant « de chasser, de couper du bois ou de paître ».

Au XIIIe siècle, lorsque les Comtes de Provence deviennent seigneurs de Brignoles, le château médiéval de la ville est aménagé et transformé en palais. De nombreux remparts sont alors érigés. La cité devient ainsi une ville médiévale. Les Comtes de Provence font de ce palais leur résidence d’été du XIIIe au XVe siècle. C’est dans ce palais également que les comtesses venaient accoucher, donnant ainsi à Brignoles le nom de “nourrice et demeure des enfants de la couronne”. Ce bâtiment a été maintes fois réutilisé depuis le XIIe siècle : palais de justice, prison, lieu de réunion du Parlement de Provence entre 1416 et 1631, école au XVIe siècle, pour devenir enfin le musée du Pays Brignolais créé par l’association “Les amis du vieux Brignoles » en 1945.

La langue provençale : Frédéric Mistral et le félibrige

Natif de Maillanne, dans l’actuel Parc naturel régional des Alpilles, Frédéric Mistral (1830-1914) est un célèbre écrivain et poète provençal. Il est baigné par la langue provençale depuis le berceau. La Provence rurale, immémoriale, il va la célébrer toute sa vie dans des poèmes épiques remarquables, inspirés par les paysages qui l’entourent. Très tôt, Mistral prend le parti des humbles, faisant de la sauvegarde de cette langue son combat et la poésie son arme. Il écrit en provençal et traduit en français afin d’être lu par leplus grand nombre. Son œuvre de jeunesse Mirèio (Mireille) qu’il dédie à Alphonse de Lamartine est la plus connue et obtient le Prix Nobel de littérature en 1904. Il y évoque notamment la Sainte-Baume, à travers la légende de Marie-Madeleine.

Mai, alin, la veses aquelo

Que, si bras blanc sarra contro elo,

Prègo au founs d’uno baumo ? Ai ! pauro ! si geinoun

Se macon à la roco duro,

E n’a pèr touto vestiduro

Que sa bloundo cabeladuro,

E la luno la viho emé soun lumenoun.

 

E pèr la vèire dins la baumo,

Lou bos se clino e fai calaumo ;

E i’ a d’ange, tenènt lou batre de si con,

Que l’espinchon pèr uno esclèiro :

E quand perlejo sus la pèiro

Un de si plour, en grand pressèiro

Van lou cueie e lou metre en un calice d’or !

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« Mais, dans l’éloignement, la vois-tu,

Celle-qui, ses bras blancs serrés contre elle,

Prie au fond d’une grotte » ? Ah ! pauvre infortunée ! ses genoux

Se meurtrissent à la roche dure,

Et elle n’a pour tout vêtement

Que sa blonde chevelure

Et la lune la veille avec son (pâle) flambeau.

 

« Et pour la voir dans la grotte,

La forêt se penche et fait silence ;

Et des anges, retenant le battement de leurs cœurs

L’épient par un interstice

Et lorsque sur la pierre tombe en perle

Un de ses pleurs, en grande hâte

Ils vont le recueillir et le mettre en un calice d’or !

Frédéric Mistral, Mirèio (Mireille-1859)

En 1854, Frédéric Mistral fonde avec six autres poètes, le Félibrige, dans le but de promouvoir, conserver et défendre la langue provençale – langue d’oc. Dès la première assemblée du Félibrige, le mouvement s’affirme et se propose de « conserver longtemps à la Provence sa langue, son caractère, sa liberté d’allure, son honneur national et sa hauteur d’intelligence car, telle qu’elle est, la Provence nous plaît ». Sur une musique originale de Nicolas Saboly, Frédéric Mistral écrit la Coupo Santo qui deviendra l’hymne du mouvement. Cette coupe, offerte en 1867 par les félibres catalans à leurs homologues provençaux, devient son emblème. Elle est présentée annuellement lors de la Santo Estello, congrès du Félibrige,  qui se déroule chaque année dans une ville d’Occitanie différente.

En 1860 et 1861, Frédéric Mistral, qui mérita d’être appelé « Homère de la Provence », effectue un pèlerinage à la Sainte-Baume, qu’il intègre plus tard dans Calendau (Calendal-1867). La description qu’il en livre est des plus réalistes. Puisant dans les réalités du monde qui l’entoure, il consacre également dans son œuvre une place privilégiée aux Compagnons du Devoir, pour qui la Sainte-Baume est un haut lieu de pèlerinage.

En 2004, une grande fresque a été réalisée à Brignoles, à la gloire de la ville, pour célébrer le 150e anniversaire de la création du Félibrige et le 100e anniversaire de l’obtention du Prix Nobel de Frédéric Mistral. Une partie de la fresque représente le portrait de Mistral en pied, le portrait d’une Arlésienne (Mireille) et sont cités quelques vers de son œuvre. L’autre partie est dédiée à Brignoles, cité des Comtes de Provence : y sont peints de nombreux éléments identitaires tels que les escaliers blancs et rouges, la chapelle Notre-Dame-d ’Espérance et les tambourinaires de Sant Sumian (groupe créé en 1942).

Aujourd’hui, en Sainte-Baume, ce patrimoine linguistique vit à travers le tissu associatif comprenant une quinzaine d’organisations, qui dispensent sur le territoire des cours de langue, organisent des rencontres, des conférences, des spectacles de théâtre, de chants, danses traditionnelles et également des ateliers de cuisine provençale. Le Parc de la Sainte-Baume réserve une place centrale à la langue mémoire de son territoire. L’initiative est venue du président auriolais de « Charrar Provençau », qui a souhaité créer le Comitat Santa-Bauma – Coumitat Prouvençau de la Santo Baumo, alors que le Parc était en phase de projet, dans le but de réfléchir à la place de cette langue régionale, à ce qu’elle peut apporter à l’ensemble des habitants et à soutenir des actions dans la durée. Le Félibrige, tout comme l’Institut d’Estudis Occitans, ont soutenu ce Comitat. Ainsi, la langue d’oc est présente dans un certain nombre de projets du Parc comme la signalétique, les travaux scientifiques, les publications bilingues… Chaque année, le Forum d’Oc est un rendez-vous à ne pas manquer pour rencontrer des associations, collectivités et entreprises œuvrant à la promotion de la langue provençale en Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur.

« La trespourta recouneissènto

E l’embrassa, libro e counsènto!

De-bado pèr camin rescontro li tabléu

Li mai proupice à regalado,

Li vau li mai ferigoulado,

E li plus richi coustalado

Que recuerbe de rai la capo dóu soulèu :

Cujo, mounte la primavero

Fai boutonna tant de tapero;

Signo, mounte l’Amour tenguè soun tribumanu ;

Mèuno, mounte Gapèu arroso

Li citrounié, li lausié-roso;

Pièi, couronna de brousso roso,

De la Roco-Broussano eilalin l’esquinau….

Entre si vèrdi mountagnolo,

Pereilalin vaqui Brignolo!

Au libre patriau a peréu soun fuiet :

Adiéu, risènto nourriguiero

De nòsti Comte — qu’i fresquiero

De toun rièu clar, de ti bauquiero,

Venièn cerca l’èr pur emai tastia l’aiet… »

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« La transporter de gratitude

Et l’embrasser, libre et consentante !

Vainement il rencontre en chemin les tableaux

Les plus délicieux,

Les plus odorantes vallées

Et les plus riches côtes
Qu’enceigne de rayons la chape du soleil :

Cuges, où le printemps

Fait boutonner tant de câpres ;

Signes, où l’Amour tint son tribunal ;

Méounes, où le Gapeau arrose

Les citronniers, les oléandres ;

Puis, couronnée de bruyères roses,

Dans le lointain, la croupe de la Roquebrussanne.

Entre ses collines vertes,

A l’horizon voilà Brignoles !

Au livre national elle aussi a sa page :
Adieu, riante nourrice

De nos Comtes, qui, parmi les fraîcheurs

De ton ruisseau clair, de tes pelouses,

Venaient chercher l’air pur, et, voire, goûter l’ail… »

Frédéric Mistral, Calendau (Calendal -1867)

La sociabilité villageoise

A partir du XIXème siècle, les villages se structurent et construisent progressivement de petits édifices, des lieux et bâtiments publics qui, au fil des années, les rendront authentiques et uniques.

Les cercles provençaux sont des lieux centraux de la sociabilité et vie politique, où des hommes réunis par leurs affinités se rassemblent. Ils y partagent un moment de convivialité et d’échanges. Devenir membre d’un cercle signifie entrer dans une communauté et assumer son identité singulière.

Ce sentiment d’appartenance liant les membres entre eux semble aussi fort que les liens familiaux. Des statuts et règlements sont instaurés au sein d’un cercle, chacun détenant ses lois, son emblème, son histoire, ses mythes et festivités. La décoration d’un cercle, au-delà des objets fonctionnels, est également révélatrice de l’identité du groupe. Les objets qui s’y trouvent portent les valeurs phare de la communauté, souvent offerts ou récupérés : affiches, portraits, peintures, bustes, instruments de musique… Le drapeau est également un objet récurrent. Le territoire compte aujourd’hui 14 cercles encore actifs.

A la même période, les villages canalisent l’eau, si abondante en Sainte-Baume, et bâtissent fontaines et lavoirs. Ces derniers deviendront pour les femmes un véritable lieu de vie incontournable et convivial. Pendant quelques heures, la femme gagnait son indépendance, face au pouvoir masculin et pouvait, enfin, librement s’exprimer. Cependant, le lavoir était aussi le lieu où les femmes devaient enchaîner des tâches répétitives et fatigantes : tremper le linge dans l’eau, le frotter au « savon de Marseille », puis le frapper au battoir pour en évacuer la crasse et le savon. Le rinçage exigeait de tordre et de retordre le linge avant son égouttage. De nombreux villages du territoire ont mis en valeur cet élément patrimonial en le restaurant et en lui redonnant la place centrale qu’il possédait naguère.

Les festivités provençales rythment l’année et font battre le cœur des villages. De juin à septembre, célébrée entre la moisson et la vendange, la Saint-Eloi est une fêtelocale répandue sur l’ensemble du territoire. De mauvaises langues disent que c’est parce qu’il était fêté deux fois par an que Saint-Eloi est si populaire en Provence : « Sant Aloi es un bouon sant, si fèsto dous coup l’an ». Il est le patron de nombreuses corporations telles que orfèvres, forgerons, maréchaux-ferrants ainsi que des charretiers et laboureurs. Ces fêtes votives sont pour les habitantsl’occasion de commémorer leur culture et racines provençales en défilant à travers les ruelles du village en costumes d’antan, à pied, à cheval ou en charrettes. Le moment fort est la cavalcade des Carreto ramado, charrettes ramées, décorées de verdure, de feuillage, de fleurs, de fruits ou encore de légumes. Les charrettes sont tirées par des chevaux, mulets ou ânes attelés en flèche (les uns derrières les autres) et richement harnachés « à la sarrasine ». Chaque charrette est décorée de manière à représenter des scènes de la vie quotidienne provençale et à rendre hommage aux différents métiers : les maraîchers, les boulangers, les laboureurs, etc. Chaque village s’est approprié cette tradition populaire particulièrement vivante en Sainte-Baume, en ayant chacune son originalité. Un rendez-vous à ne pas manquer pour découvrir les traditions et la gastronomie provençale !

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